14/11/2025
Selon Nice matin :
Quand on partait de bon matin, à bicycleeeette ! » Dans le grand salon de la Diamantine ce mercredi après-midi, Yves Montand est ressuscité par la voix d’un animateur enjoué.
La plupart des spectateurs, hélas, ne sont pas à vélo pour suivre le show, mais bien assis dans leur fauteuil roulant.
Dans cet Ehpad à Châteauneuf-Grasse, la moyenne d’âge frôle les 90 ans, et « certains pensionnaires sont très dépendants, même si d’autres sont plus autonomes », indique la direction.
Dans la salle d’ergothérapie voisine, une dame s’active d’ailleurs sur un engin à pédales.
De l’autre côté, la salle de restauration. Avec ses petites tables bien dressées, sa terrasse extérieure avec vue sur les oliviers, et son menu « entrée, plat, fromage et dessert, cuisiné sur place par notre chef ! », précise Alan Nicolleau, directeur régional du groupe Emeis (ex-Orpéa, groupe objet du scandale dans le livre Les fossoyeurs paru en 2022).
Dans ces locaux proprets et rénovés en 2009, entre décoration aux couleurs automnales et orchidées factices, la vie semble suivre paisiblement son cours. Même en fin de parcours...
Et pourtant. Dans un courrier anonyme, l’établissement fait l’objet de graves accusations, photos à l’appui.
Une charge qui évoque un « climat toxique pour le personnel », mais aussi les « négligences de soins » qui en résulteraient.
« Protections hygiéniques souillées et dénutrition »
Dans le viseur notamment, l’arrivée d’un nouvel infirmier coordinateur (Idec), « dont les décisions et comportements ont eu un impact direct et néfaste sur le fonctionnement général. »
Exemple : une hygiène défaillante des pensionnaires faute de matériel adapté, avec des « protections souillées » car en rupture de stock.
« Dénutrition, isolement social, non-respect de la dignité humaine » sont également évoqués.
De même qu’une absence régulière de personnel pour l’aide aux repas, « et régulièrement, certains résidents ne mangent pas ! »
L’infirmier coordinateur remplacé
Côté personnel justement, le courrier liste aussi des « pressions psychologiques, intimidations, et mises au placard » pour mal-être profond.
Avec pour symptômes « la multiplication des arrêts maladie, des démissions et un épuisement général. »
Voilà pour le tableau dressé, qui tranche avec les ornements muraux de l’Ehpad.
Interrogée, la direction confirme l’arrivée d’un nouvel infirmier coordinateur, « un monsieur qui a depuis été remplacé à son tour. Ce n’était pas un mauvais Idec, il est parti de son plein gré, mais ça se passe nettement mieux avec son successeur. Et les éventuelles défaillances managériales sont compensées par toute l’équipe médicale, afin que ça ne nuise pas à l’établissement, ni au climat social », rassure la directrice, Soraya Bannicq.
Pour ce qui concerne le matériel, cette dernière concède qu’un changement de logiciel a pu créer « un petit décalage dans les commandes ».
Mais « on n’a manqué de rien, et on ne peut pas entendre qu’on ne change pas nos résidents ! », ajoute Alan Nicolleau.
Un cabinet d’expertise pour « renforcer la cohésion »
Pas de malaise non plus au sein du personnel ? « Il y a eu des périodes difficiles pour gérer les effectifs, en début d’année et en août, avec les congés et des postes à combler. Mais on met les moyens nécessaires pour stabiliser les effectifs (soit 42 salariés pour 82 lits, dont 14 en unité de vie protégée) », insiste la directrice, en rappelant que le secteur est en manque national de main-d’œuvre qualifiée. « Et aucun pensionnaire n’a sauté un repas ! »
Parole qui fait autorité ? Soraya Bannicq est elle aussi directement ciblée par les « anonymes », depuis son arrivée en 2024.
Selon eux, « elle refuse d’écouter le personnel et même les familles dans leurs demandes d’amélioration de prise en charge des résidents. », malgré « une dérive alarmante. »
La directrice : « sereine quant à ma pratique professionnelle »
L’intéressée s’en défend vigoureusement.
Affirme encourager la communication interne, via les représentants du personnel et les conseils de vie sociale, « où l’on est à l’écoute des résidents et de leurs proches. »
Et si elle a bien sollicité un cabinet d’expertise en février dernier, « c’était pour explorer les pistes d’amélioration, car il y avait besoin de renforcer la cohésion des équipes », estime-elle, tout en confessant, malgré ses 23 ans d’expérience dont 8 à la direction : « Je ne suis pas quelqu’un d’infaillible, et je suis prête à me remettre en question. Mais je suis sereine quant à ma pratique professionnelle, même si ces accusations me touchent évidemment. Vous savez, je suis née dans une famille de soignants, ma grand-mère travaillait déjà en maison de retraite et mon père y est récemment décédé. Fière d’être issue de la classe ouvrière, je suis très attachée aux personnes âgées, elles font partie de mon éducation. »
On croise alors un résident, qui lui fait ce compliment-miroir : « Bonjour Madame la directrice, vous êtes bien belle aujourd’hui ! »
Chutes et décès... « un courrier calomnieux » ?
Des corps décharnés, enfouis dans un lit aux draps froissés. Mais aussi des silhouettes gisant au sol, dans une chambre, ou même dans un couloir.
Images choc, qui nous ont également été transmises par les « anonymes », pour valeur de témoignages.
« Elles sont sorties de leur contexte et ne reflètent pas la réalité de l’établissement. Un corps de 95 ans, ça peut être dur à regarder, mais ça ne dénote pas un manque de soins », rétorque Alan Nicolleau. « Et puis je constate qu’on a pris en photo des résidents à terre, avant même de leur porter secours, c’est insupportable ! »
D’autres signalements, encore plus inquiétants, posent question. En mai dernier, le décès d’une dame après une chute, et un délai de 45 mn avant intervention des infirmières et secours, qui mettrait en lumière un dysfonctionnement des « appels malade ».
Ou bien cette autre défunte, morte dans son sommeil, et qui n’aurait été découverte qu’au petit matin, malgré le personnel de nuit.
Un résident a bu de la javel dans une bouteille Cristaline
Ou encore ce résident hospitalisé d’urgence après avoir bu de l’eau de javel conditionnée dans une bouteille Cristaline ! Un incident qui aurait été passé sous silence, sur consigne de la direction.
« Le produit avait été ainsi conditionné par une collaboratrice, de son propre chef, sans suivre notre protocole sur le nettoyage, et malheureusement, nous avons dû l’évincer pour faute professionnelle. Mais les autorités en ont bien été avisées, de même que la famille du patient », réplique Soraya Bannicq.
Concernant les décès, « l’un était lié à une chute très grave qui ne résulte pas d’un défaut de soins ni d’un manquement ou d’une défaillance de notre système d’appel. Pareil pour la dame décédée dans la nuit, qui était en fin de vie. Tous ces ’événements indésirables’ (selon leur nomination officielle) ont été dûment signaux à l’ARS (Agence Régionale de la Santé), car en tant que responsable, je me dois d’être en totale transparence avec l’autorité de tutelle. »
De son côté, Alan Nicolleau s’insurge contre un « courrier calomnieux. »
Reste à savoir s’il fera néanmoins l’objet d’une enquête approfondie de l’ARS.
Le lien de l'article :
https://www.nicematin.com/societe/denutrition-protections-hygieniques-souillees-intimidation-un-courrier-anonyme-accuse-cet-ehpad-azureen-de-maltraitances-la-direction-s-en-defend-10656566