À la racine de ce vrai sujet, on retrouve, comme souvent, des problématiques humaines et de personnel. L’organisation de certains Ehpad, à flux tendu face aux rigueurs budgétaires et de fonctionnement, rejaillit sur ainsi sur les résidents. « Dans un établissement en particulier, on avait plutôt 10-12 % des résidents qui nous disaient qu’ils ne mangeaient pas à leur faim. On a réussi à identifier que l’enjeu était lié au repas du soir, qui est donné généralement vers 18 h 30, en fin de service des équipes de jour », relate Mayeul l’Huillier. « Elles doivent terminer à 19 heures et donc elles accélèrent, le rythme est soutenu. Pour ceux qui arrivent à manger rapidement et à peu près normalement, ça va. Mais pour ceux qui sont plus lents, c’est plus compliqué ».
« Une forme de maltraitance »Un état de fait amplifié par la seconde anomalie structurelle révélée par l’étude : une faillite de la communication auprès des résidents. Près d’un sur cinq (17 %) a le sentiment que son avis n’est pas pris en compte. « Des résidents m’ont dit “quand ils m’enlèvent mon assiette, en me demandant si j’ai fini alors que j’en ai mangé la moitié, je dis que c’est bon ”, alors qu’en fait, ce n’est pas bon. C’est vraiment ce qui pourrait s’apparenter à une forme de maltraitance organisationnelle. C’est ce qu’on voit peut-être malheureusement trop souvent dans les établissements », déplore Mayeul l’Huillier.
Le manque de communication s’étend par ailleurs aux informations en rapport direct avec le fonctionnement de la communauté d’un Ehpad : 58 % ne sont pas informés des départs de membres du personnel et 40 % déclarent que les nouveaux membres de l’équipe ne se présentent pas à eux. « Quand vous êtes résident, c’est-à-dire que potentiellement la personne qui s’occupe de vous depuis plusieurs jours, mois, années, elle peut partir du jour au lendemain sans que vous soyez informé. Il y a une dimension un peu choquante ». Enfin, 44 % ignorent le décès ou le départ d’autres résidents.
Bien que l’enquête du label Vivre pointe le fait que « les personnes accompagnées ne sont pas réellement actrices, ni réellement présentes dans la communauté de vie que constitue l’établissement », elle souligne que « les fondamentaux sont maîtrisés dans les établissements », loin de l’image globalement négative qu’ils renvoient. « La réalité du quotidien en établissement, elle est plus nuancée que ce qu’on en présente », se félicite Mayeul l’Huillier. « On se rend compte finalement que l’Ehpad n’est pas un mouroir, pour utiliser le terme qu’on entend souvent ».
Il en veut pour preuve le fait que 96 % des résidents se sentent respectés dans leur établissement, notamment grâce au dévouement généralement observé des soignants, dont 97 % se disent engagés et 90 % sont fiers de ce que leur équipe accomplit. Une fierté en parallèle du fait que 49 % jugent que les moyens humains ne sont pas suffisants. Une pression qui pèse sur l’avenir d’un secteur où près de 18 % des professionnels envisagent de quitter leur établissement et 17 % prévoient de changer de métier d’ici trois an
« Le soignant est contraint de privilégier l’acte technique au détriment du lien social. Valoriser le métier ne suffit plus, il faut désormais donner aux équipes le temps de bien vivre leur mission auprès des aînés », préconise Stéphane Dardelet, autre fondateur du label Vivre. « C’est l’engagement qui tient la baraque. Le système tient grâce aux hommes et aux femmes qui sont engagés au quotidien. Et inversement, c’est le manque de moyens qui les fragilise », abonde Mayeul l’Huillier, qui espère alimenter le débat public avec ce premier observatoire publié après un travail de trois ans, qui appelle à être continuellement actualisé.
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https://www.estrepublicain.fr/sante/2026/02/12/un-resident-sur-15-ne-mange-pas-a-sa-faim-le-constat-alarmant-d-une-etude-sur-les-ehpad
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