Lettre ouverte au préfet de l’Hérault
Monsieur Le Préfet,
Nous vous remercions de considérer l’existence des habitants des quartiers de la Rauze et de la Céreirède en nous adressant la parole par voie de presse.
A quelques jours du démarrage du chantier et à moins de deux mois du déménagement de quelques 200 personnes, cela s’apparente toutefois plus à un monologue qu’à une volonté de discussion de votre part.
Nous notons dans l’article publié par Sophie Fages dans HERAULT TRIBUNE le 7/1/22 que le choix du terrain a été fait conjointement par la préfecture et la Métropole.
Nous apprécions que vous assumiez donc votre part de responsabilité dans ce choix.
Quant à la part de la Métropole, nous regrettons le nombre très limité de personnes ayant participé à ce choix.
Le citoyen Mickael Delafosse a été investi Maire puis Président de la Métropole par les montpelliérains sur un programme de démocratie locale active et sincère soutenu par une méthode de concertation.
Pouvons-nous parler de concertation lorsque le Vice-Président de Montpellier Méditerranée Métropole a été informé du projet le 14 décembre ?
La semaine suivante le 23 décembre la société COALLIA déposait au Tribunal de Montpellier la demande d’immatriculation d’un établissement secondaire situé au 235 rue de la Rauze. L’immatriculation est effective depuis le 1er janvier 2022.
Madame Dufoix et Monsieur Bozonnet nous ont expliqué que cette précipitation du calendrier portait votre signature.
A contrario le dialogue avec les riverains suit un rythme différent.
Suite à nos demandes, la mairie a planifié une première rencontre avec les représentants de COALLIA le 20 janvier soit 5 semaines avant l’emménagement.
Nous attendons toujours votre proposition de rendez-vous ainsi que celle de Monsieur le Président de la Métropole.
Permettez-nous de vous interroger Monsieur le Préfet :
Dans quel temps sollicitez-vous la participation des riverains ?
Nous notons pourtant qu’une des missions essentielles d’un préfet est de permettre l’exercice des droits et des libertés des citoyens.
Vous appelez les riverains à la solidarité.
Nous constatons que vous faites le choix de les désolidariser du projet en les écartant du débat.
Vous nous appelez à la raison.
La population de la Céreirède coincée entre 2 autoroutes, représente une démographie tellement faible que les quelques familles y résidant sont considérés quantité négligeable par la Métropole qui leur refuse encore en 2022 l’accès à la vie citoyenne :
- Aucune école, jardin public, boulangerie ou autre commerce accessible à pied, transport en commun ou voie cyclable Absence d’accès au réseau de la TAM
- Absence de trottoir, de pistes cyclables
- Entretien aléatoire de la voirie
- Non raccordement au réseau de la fibre optique
- Non raccordement au réseau d’évacuation pluvial
Vous semble-t-il raisonnable d’investir une communauté de 200 personnes dans un espace rural qui comptabilise moins de 40 maisons familiales ?
La raison ne laisserait-elle pas à penser que cette proportion aura la capacité de déstabiliser le dernier quartier maraicher de Montpellier ?
Qu’est-il advenu au Préfet qui annonçait le 19 juillet au PAYSAN DU MIDI que « l’agriculture, c’est son "dada".
Celui qui se déclare "amoureux de la ruralité et de l’agriculture" ».
Nous apprécions votre tentative de panser nos peurs et anxiétés en assurant à Madame la Députée Mirallès « qu’il y aurait un accompagnement et une sécurisation permanente du lieu ».
Pouvez-vous nous dire comment vous portez-vous garant pour votre successeur ?
Vous avez pourtant annoncé le 11 octobre à Mathilde Dehimi sur France Inter « qu’il faut aller vite car [votre] mandat est court ».
Sur ce volet sécurité, quelle réponse prévoyez-vous en cas de non-respect du contrat signé entre COALLIA et les familles hébergées ?
Vous évoquiez le 27 octobre dans OCCITANIE TRIBUNE que « les bidonvilles [sont] une source de troubles à l’ordre public ». Là encore nous nous interrogeons.
Comment la signature d’un contrat aura à elle seule la force de transformer le 7 mars une communauté à l’origine de « troubles à l’ordre publics » en un groupe de familles intégré.
Le cas échéant, quel protocole d’indemnisation est prévu pour les préjudices ?
Il nous semble qu’un « bon » projet de transition est un projet bien défini.
Dans le cas de la Rauze, la municipalité a avoué ne pas savoir :
- combien de personnes arriveraient sur le site
- combien de bungalows seraient construits
- sur combien d’étages
- si l’habitat transitoire occuperait une seule parcelle ou la totalité du terrain exproprié à BRL
La construction de l’habitat s’apprête à démarrer avant même avoir défini la direction de la transition.
En effet Madame Dufoix et Monsieur Bozonnet ont concédés que personne n’avait réfléchi à l’après :
- le terrain de BRL est en transition oui, mais en transition vers quoi ?
La gestion du projet est confiée à la société COALLIA. Celle-ci défini son « champ d’intervention majeur […] par le secteur de l’accueil, de l’hébergement et de l’accompagnement des demandeurs d’asile et des personnes placées sous protection internationale ; sont également concernés des dispositifs tournés vers les personnes et les familles confrontées à de graves et multiples difficultés qui entravent leur insertion sociale ».
Vos codécideurs de la Mairie annoncent qu’ils relogeront les roms emménageant à la Céreirède en HLM au rythme de 10 personnes par mois.
Dans cette hypothèse optimiste pourquoi la société COALLIA portant une telle définition accepterait de laisser vacant des logements pour lesquels elle aura reçu l’autorité de gestion et le financement jusqu’en mars 2024 ?
De même pourquoi accepterait-elle la fermeture de ces logements décents à la fin de la période si aucun projet d’intérêt général n’est prévu et financé pour cette parcelle jouxtant l’autoroute.
Qu’en est-il du volet social ?
Est-ce un bon choix pour les roms de les faire déménager deux fois sur une période allant de quelques semaines à quelques mois ?
Est-ce un bon projet de les faire investir un quartier où l’intégration aura été rendue impossible par le choix que vous assumez de ne pas impliquer les riverains ?
De plus, sur le plan financier, le budget important de 2500€ par mois et par famille de roms supporté par l’Etat mérite que l’on prenne le temps de nous assurer qu’ils seront dépensés de manière efficiente.
Enfin, Monsieur le Préfet, sachez que beaucoup s’interrogent parmi les résidents que nous représentons.
Voici quelques questions qui reviennent régulièrement :
« En achetant le terrain à BRL pour les associations caritatives, la préfecture ne cherche-t-elle pas à se racheter une conduite suite à ses opérations du Mas Rouge et du Zénith ? »
« En faisant venir cette communauté à la Céreirède, peut-on penser que la mairie instrumentalise les roms pour dévaloriser le foncier puis bétonner le dernier poumon maraicher de Montpellier à la faveur des promoteurs immobiliers »
« Ne subissons nous pas les conséquences d’une négociation pour des moyens de l’Etat supplémentaires à Montpellier signée le 5 novembre dans le contrat de sécurité intégré (CSI) par Monsieur le Maire de Montpellier Michaël Delafosse et Monsieur le Premier Ministre Jean Castex ».
Nous ne pouvons-nous résoudre à croire cela.
Nous vous demandons Monsieur le Préfet des arguments factuels pour convaincre les riverains que nous représentons.
Vous affirmiez le 11 octobre sur France Inter vouloir « combattre la crise de confiance entre les Français et ceux qui exercent des responsabilités et surtout des responsabilités publiques ».
Les riverains de la Rauze et de la Céreirède vous invitent à agir dans le sens de vos paroles.
Ce projet étiole la confiance des riverains car il est établit dans l’urgence.
Vous êtes ici le maître des horloges.
Vous avez le pouvoir de concéder le temps qui permettra d’établir ensemble un projet porteur de raison pour les
Montpelliérains et de solidarité pour les familles roms.
Collectif de Défense de la Rauze & Association de la Céreirède
Vous êtes sûr ? Votre mobilisation est importante pour que les pétitions atteignent la victoire !
Sachez que vous pouvez vous désinscrire dès que vous le souhaitez.