Mise à jour de la pétition
20.599 signatures
Auteur(s) :
Jessica CORDIER, bénéficiaire de services d'aide à domicile
29/01/2026
Témoignage d'une auxiliaire de vie
Ce pays tient debout grâce à celles qu’on réduit à “torcher des culs”.
Un métier essentiel. Une réalité invisible. Une parole d’auxiliaire de vie qui se perdra encore dans la masse.
Nous commençons tôt. Trop tôt pour des corps déjà usés.
6h42. Nous sonnons. Une porte s’ouvre lentement. À l’intérieur, une personne attend. Depuis longtemps. Parce que sans nous, rien ne commence.
Nous entrons dans l’intime sans détour. Il faut agir. Il faut faire vite. Il faut bien faire.
Un geste mal assuré, et le corps bascule. Une seconde d’inattention, et tout peut arriver.
Et pourtant, dehors, notre métier est encore résumé à « passer le balai chez papi ». Ou pire : « les auxiliaires de vie, c’est celles qui torchent les culs ».
Comme si ce que nous faisions ne demandait ni compétences, ni vigilance, ni responsabilité.
Comme si accompagner des corps vulnérables n’engageait pas aussi notre propre corps. Nous savons que ce que nous faisons engage des risques. Nous savons que le cadre est flou. Nous savons que la protection est insuffisante. Mais nous savons surtout une chose : nous ne laisserons jamais quelqu’un dans la merde.
Alors le système s’appuie là-dessus. Froidement.
Nous enchaînons. Les heures. Les kilomètres. Les situations lourdes.
Quand nos corps disent stop, on nous répond : « Si tu n’y vas pas, ton bénéficiaire sera seul. »
Cette phrase ne soigne personne.
Elle détruit tout le monde.
Cette phrase n’est pas anodine. Elle est lourde. Elle est violente. Elle fait porter à une seule personne la responsabilité d’un système défaillant. Elle transforme l’empathie en contrainte. Elle utilise le lien humain comme levier de pression. Ce n’est pas une organisation. C’est une prise d’otage morale. Nous continuons quand même.
Parce qu’il y a une personne derrière. Pas un dossier. Pas une ligne de planning.
Mais une auxiliaire épuisée n’est pas un détail. C’est un danger. Pour elle. Pour les personnes accompagnées. Pour tout le système.
Quand nous sommes à bout, les gestes deviennent moins sûrs. L’attention lâche. La patience disparaît.
Ce que vous appelez un manque de moyens est un choix.
Ce que vous appelez de la vocation est devenu un outil.
Ce n’est pas une crise. C’est une organisation de l’usure.
Nous tenons les autres debout.
Mais nous ne sommes pas inaltérables.
Ce système ne prend pas soin. Il broie. 21h38.
Nous fermons une dernière porte. Il n’y a plus personne à accompagner. Seulement nos corps à ramener. Demain n’est pas une promesse. C’est une répétition.
Si nous avons encore les moyens de payer l’essence pour aller travailler.
J’ai écrit ce texte avec mes tripes.
À partir de ce que je vis, de ce que nous vivons, sur le terrain.
Il parle d’un métier essentiel, mais invisible.
D’un métier massivement féminin.
D’un métier qu’on réduit trop souvent à des caricatures violentes, alors qu’il tient des vies entières debout.
Ce texte est volontairement violent. Parce que le réel l’est aussi. Il ne cherche pas à convaincre. Il ne cherche pas à être confortable. Il cherche à dire ce qui est tu, minimisé, méprisé.
Quand une société réduit celles qui la tiennent debout à “torcher des culs”, ce n’est pas le métier qui est sale.
C’est le système.
Vous trouvez ces mots choquants, violents, grossiers ? PARFAIT !
Ils ne font que refléter la violence, le mépris et la grossièreté d’un système qui repose sur notre usure.
Et quand il n’y aura plus personne pour tenir, il appellera ça une crise.
Si tu es auxiliaire de vie, aide à domicile, soignante, bénéficiaire, proche, ou simplement quelqu’un qui refuse que celles qui prennent soin soient broyées en silence : ce texte est aussi le tien. Tu peux le lire. Le partager. Le commenter. Témoigner.
La parole est ouverte. _______________________________________________________________________ © Sandra VAISSIERE – auxiliaire de vie Texte issu du terrain. Merci de le respecter et de le partager tel quel.