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Qu'un geste contemporain redonne à Notre-Dame sa flèche d'origine !

Sauvegarde en cours...
Pétition : Qu'un geste contemporain redonne à Notre-Dame sa flèche d'origine !

Auteur : Philippe Machicote

Destinataire(s) : Monsieur le Président de la République

Mise à jour

Bonjour à tous,

Je me permets de vous transmettre le message que je souhaiterais donner au Président de la République concernant la restauration de la flèche suite à l'incendie de Notre-Dame.

Monsieur le Président de la République,


 Le 17 avril 2019, soit deux jours après le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, un communiqué de l’Élysée faisait connaître en ces termes votre position : « Il a été décidé de lancer un concours international d’architecture pour la reconstruction de la flèche. Celle-ci ne faisant pas partie de la cathédrale d’origine, le Président de la République souhaite qu’une réflexion soit menée et qu’un geste architectural contemporain puisse être envisagé. »


Vous avez souhaité que ce projet de reconstruction de la cathédrale associe tous les Français et notamment les artistes et métiers d’arts. Je m’y associe donc en tant que Français et écrivain issu du marché de l’art. Permettez-moi à ce titre, M. le Président, soucieux comme bon nombre de nos compatriotes du devenir de Notre-Dame de Paris, de vous exposer le bien-fondé d’une alternative dont on ne parle malheureusement que trop peu et qui pourrait, je crois, être une bonne solution pour la cathédrale et pour tous ceux qui l’aiment.


Le communiqué de l’Élysée, qui parle de « reconstruction » et non pas de « restauration » - alors même qu’il existe des vestiges intacts de la flèche de Viollet-le-Duc, notamment les statues des douze apôtres -, a eu pour effet d’inquiéter outre mesure les défenseurs d’une « restauration à l’identique », autrement dit tous ceux qui veulent revoir Notre-Dame avec la flèche qu’ils ont toujours connue. Ils sont assurément les plus nombreux et leurs voix s’élèvent avec force pour réclamer que justice soit rendue à la plus célèbre cathédrale du monde. Ils ne voient que du bon sens dans ce vœu si cher à leur cœur et sont confortés par d’éminents défenseurs du patrimoine, des architectes de renom, des historiens de l’art, de grands intellectuels et même un ancien ministre de la Culture qui leur donnent raison. Or, vous rappelez à tous les Français, et à ces compatriotes-là en particulier, que la flèche disparue dans les flammes « ne faisait pas partie de la cathédrale d’origine ». C’est dérangeant de dire cela mais c’est parfaitement vrai. Et on vous reproche déjà, alors que rien n’est arrêté, d’avoir attenté à l’harmonie de ce chef-d’œuvre qu’est Notre-Dame de Paris pour avoir voulu que soit élevée une flèche résolument de notre temps en ce lieu mythique. Vous avez constaté, M. le Président, avec quelle véhémence les Français sont prêts à se battre pour une flèche, ils en viendraient presque aux mains, et au lieu de les calmer, de les rassurer, un communiqué de l’Élysée les inquiète plus encore et les oppose. Il y a maintenant le camp des conservateurs et celui des novateurs qui s’affrontent, ils sont tous deux armés d’arguments redoutables, ils essaient de rallier à leur cause les indécis et les indifférents qui, le moment venu où l’on connaîtra enfin le résultat du concours, exprimeront encore plus fort leur colère et verront dans cette flèche l’arme idéale pour abattre le fauteur de tous leurs maux. Deux phrases ont suffi pour que les amoureux de notre patrimoine aient compris que la partie est jouée d’avance, que l’État a décidé d’ores et déjà qu’on ne reconstruirait pas la flèche de Viollet-le-Duc puisqu’un « geste contemporain » est envisagé.


Du fait de sa brièveté, le communiqué de l’Élysée a pu générer un malentendu. En rappelant aux Français que la flèche de Viollet-le-Duc n’était pas celle de « la cathédrale d’origine », peut-être avez-vous voulu leur suggérer de se renseigner et de réfléchir à l’alternative qui serait bonne non seulement pour les tenants de l’authenticité mais aussi pour tous ceux qui rêvent d’un « geste contemporain » sur une cathédrale médiévale inscrite au patrimoine mondial. Nos compatriotes, qui ont la réputation d’être les plus cultivés du monde, sont paradoxalement mal informés, et l’on ne compte pas le nombre de journaux, de magazines, de livres, d’émissions radiophoniques et de débats télévisés qui disent tout et son contraire sur Notre-Dame de Paris depuis ce fatal incendie du 15 avril 2019. Mais, soit par ignorance, soit faute d’impartialité, ou encore à cause d’une sorte de censure qui s’est imposée d’elle-même depuis que Viollet-le-Duc a été réhabilité il y a quelques décennies, on ne dit plus rien, ou presque, des interventions néfastes de l’architecte sur les monuments historiques dont il a eu la charge. C’est à croire qu’il ne faut désormais retenir de lui que le génie qui a sauvé Notre-Dame de Paris et ne plus dénoncer les destructions et les transformations qu’il a commises sur l’un des plus beaux joyaux de notre patrimoine. Pourtant si on ne voulait parler que de sa flèche, qu’il a voulue plus haute de quinze mètres que l’originale du XIIIème siècle, il faudrait par souci d’honnêteté montrer ce qu’il a fait en dessous de celle-ci, à l’intérieur de la cathédrale tout autour de la croisée du transept, je veux parler de ces douze grandes fenêtres du XIIIème siècle qu’il a détruites sans hésiter pour les réduire à de petites ouvertures surmontant des oculi vitrés. L’harmonieuse élévation de Notre-Dame de Paris est devenue ainsi depuis le milieu du XIXème siècle terriblement dissonante mais Viollet-le-Duc avait consolidé la structure du bâtiment : elle pouvait supporter désormais une flèche beaucoup plus lourde à la hauteur de son ambition. Il faut dire cela M. le Président pour que les Français comprennent bien que la flèche qu’ils ont toujours connue et dont ils pleurent encore la perte n’est effectivement pas plus authentique que cette douzaine de fenêtres atrophiées.


Si nous devons louer l’architecte qui a su avec son collègue Lassus redonner à Notre-Dame son grand programme iconographique détruit à la fin du XVIIIème siècle, nous ne devons pas pour autant passer sous silence toutes les modifications malheureuses qui ont fait de la cathédrale de Paris un monument hybride d’un Moyen Âge fantasmé. La grande restauration du XIXème siècle, que l’on ne pourrait plus entreprendre de la même manière aujourd’hui grâce aux progrès de l’archéologie, n’est donc plus un modèle à suivre. Montrons à tous ceux qui l’ignorent, ce qu’était encore il y a une trentaine d’années la basilique Saint-Sernin de Toulouse entièrement restaurée par Viollet-le-Duc et montrons-leur ce qu’elle est devenue aujourd’hui après que le ministère de la Culture a permis que soient retirées toutes les restaurations du XIXème siècle pour que le monument retrouve l’aspect qu’il avait au Moyen Âge. Qui s’en plaint maintenant ? Et qui s’offusquerait si Notre-Dame de Paris retrouvait son allure médiévale avec une flèche moins haute inspirée par la nombreuse iconographie qui nous la montre au cours des siècles telle qu’elle était depuis son édification vers 1250 jusqu’à la Révolution ? Qui pourrait nier que si on la rebâtissait en titane ainsi que toute la charpente, cela serait plus léger que le bois et ne se verrait pas ? Qui pourrait nier que cette solution, qu’approuvent des architectes en chef des monuments historiques, aurait l’immense avantage de sécuriser la cathédrale que nous avons bien failli voir s’écrouler entièrement le 15 avril 2019 parce que sa « forêt » en chêne était hautement inflammable ? Ne voyez-vous pas là, M. le Président, cette « alliance de la tradition et de la modernité », cette « audace respectueuse » dont vous parliez le 24 mai pour défendre le calendrier serré de cinq ans que vous avez fixé pour restaurer la cathédrale ? Ne voyez-vous pas là l’occasion extraordinaire qui nous est offerte de reconstituer l’élévation du XIIIème siècle tout autour de la croisée maintenant que sa voûte est écroulée ? Ce ne sont pas les défenseurs du patrimoine qui vous le reprocheront et ils seront rassurés de savoir que la célèbre stryge et toutes les chimères seront conservées, que les gargouilles et les statues des portails comme de la galerie des rois seront encore là pour des siècles parce qu’elles ont heureusement remplacé ce que les intempéries et la fureur des hommes avaient anéanti. Mais doit-on refaire à l’identique ce que l’orgueil d’un architecte indéniablement imaginatif a élevé au mépris de l’authenticité et qu’un incendie a abattu ? Doit-on conserver ce qu’un restaurateur du XIXème siècle a commis de plus répréhensible sur un monument historique ? Assurément non, le cas de Saint-Sernin de Toulouse le prouve, comme il prouve que l’État sait reconnaître ses erreurs.


Cette lettre est ouverte, M. le Président, et j’invite tous ceux de nos compatriotes qui se retrouvent dans ces propos à la signer avec moi. Viollet-le-Duc était un grand dessinateur, il nous a laissé une magnifique aquarelle qu’il a exécutée pour commémorer le baptême du comte de Paris dans une Notre-Dame richement décorée pour l’occasion. C’était le 2 mai 1841. On y voit nettement la rose du transept sud dans son état d’origine et la grandiose élévation à trois niveaux voulue dans toutes les parties de la cathédrale par les architectes au XIIIème siècle. Ce sont ces images-là qui méritent d’être méditées, elles parlent d’elles-mêmes, elles nous disent ce qu’il ne faut plus faire pour dénaturer un peu plus le chef-d’œuvre que nos ancêtres nous ont légué. Nous vous le demandons instamment : ne livrez pas Notre-Dame de Paris à un projet fantaisiste, elle mérite notre plus humble respect comme toutes les merveilles de notre patrimoine exceptionnel.


Vous serez peut-être, M. le Président, le chef de l’État qui aura permis que soit rendue à Notre-Dame de Paris sa légitimité de cathédrale médiévale. Vous serez peut-être l’homme dont le nom sera associé à la restauration exemplaire, avec les technologies les plus modernes, d’un chef-d’œuvre gothique universellement admiré. Les Français ne vous le reprocheront pas, ils seront réconciliés sur ce point qui est loin d’être mineur puisque c’est d’un des plus admirables symboles de la France qu’il s’agit, celui de l’esprit, de la beauté, de la grandeur qui lutte pour sa dignité et sa survie.


Veuillez agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.     


Philippe Machicote
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