Nés d'un abandon forcé après la catastrophe nucléaire de 1986, les chiens de Tchernobyl survivent depuis près de quarante ans dans l'une des zones les plus contaminées et militarisées du monde. Depuis 2017, le programme Dogs of Chernobyl, porté par le Clean Futures Fund, œuvre pour limiter leur souffrance, prévenir les maladies et accompagner cette population animale unique jusqu'à sa disparition naturelle.
Lorsque plus de 120 000 personnes sont évacuées en urgence après l'explosion du réacteur n°4, leurs animaux sont laissés derrière eux. Malgré des tentatives d'élimination menées à l'époque, des centaines de chiens survivent, se regroupent autour de la centrale nucléaire et des postes de contrôle, et se reproduisent dans un territoire désormais clos.
Au fil des décennies, cette population devient à la fois emblématique et vulnérable. Exposés à la consanguinité, aux maladies, au manque de soins, mais dépendants des travailleurs encore présents sur site.
Face au risque d'abattage massif faute de solutions, le Clean Futures Fund décide d'intervenir et lance en 2017 le programme Dogs of Chernobyl.
Fondé en 2016, le Clean Futures Fund (CFF) n'est pas uniquement une association de protection animale. C'est un acteur humanitaire international qui soutient les populations humaines et animales touchées par des catastrophes industrielles de long terme.
À Tchernobyl, son objectif est d'éviter la prolifération et la souffrance animale, de protéger les travailleurs exposés aux risques sanitaires, et de documenter scientifiquement les effets de l'isolement et de l'environnement sur cette population unique.
À la tête du programme vétérinaire se trouve la Dr Jennifer Betz, spécialiste des populations animales vulnérables et directrice médicale du projet. Avec une équipe internationale réduite, elle intervient quelques semaines par an dans la zone d'exclusion, sous autorisation exceptionnelle.
Sur place, chaque journée est longue, éprouvante et minutieusement préparée. Repérer les chiens dispersés sur un territoire immense, gagner suffisamment leur confiance pour pouvoir intervenir, puis réussir à les capturer sans les mettre en danger demande parfois des heures pour un seul animal. Les équipes travaillent dans des secteurs soumis à des contraintes strictes, avec des zones interdites et des niveaux de radiation à surveiller en permanence.
Une fois un chien attrapé sous anesthésie, il est contrôlé afin de détecter d'éventuelles contaminations. Des lavages ou des tontes peuvent être nécessaires avant toute prise en charge vétérinaire. Viennent ensuite la stérilisation, les vaccinations et les traitements antiparasitaires. Après une phase de réveil et de surveillance, chaque animal est relâché exactement à l'endroit où il a été capturé pour ne pas désorganiser les groupes déjà formés.
Aujourd'hui, plus de 90 % des chiens vivant autour de la centrale et dans la ville de Tchernobyl sont stérilisés, ce qui a permis une baisse progressive de la population et une amélioration globale de leur état sanitaire.
Contrairement aux idées reçues, les chiens de Tchernobyl ne sont ni « résistants à la radiation », ni mutés. Les pathologies observées sont principalement liées à la consanguinité et aux conditions de vie difficiles, et non à une immunité exceptionnelle.
L'adoption de ces chiens est par ailleurs interdite par la loi ukrainienne, afin d'éviter tout risque de dispersion de contamination et de déséquilibre des groupes sociaux. Le programme cherche donc à accompagner une population jusqu'à son extinction naturelle, avec dignité.
Depuis l'invasion de l'Ukraine, l'accès à la zone est devenu extrêmement restreint. Les équipes du programme bénéficient encore d'une dérogation rare, uniquement parce que leur présence est essentielle à la survie des chiens.
La guerre empêche toutefois l'arrivée de nouveaux bénévoles, la formation sur place, et toute extension des missions.
Le programme repose désormais presque exclusivement sur les dons, utilisés pour acheter sur place le matériel strictement nécessaire aux soins.
Le programme Dogs of Chernobyl a pour objectif de réduire la souffrance, prévenir les maladies, limiter les naissances, et rester présent jusqu'au bout.Toute l'équipe MCA salut le courage et l'engagement des équipes du programme sans qui tout cela ne serait pas possible !
