C’est une décision qui provoque colère et incompréhension bien au-delà des côtes californiennes. Sur l’île de Santa Catalina, au large de Los Angeles, les autorités ont validé un plan visant à éliminer l’intégralité de la population de cerfs mulets présents sur le territoire. Près de 2 000 animaux pourraient être abattus dans les prochaines années par des tireurs d’élite, avec l’appui de drones, de chiens de traque et même d’hélicoptères.
Officiellement, cette opération massive serait destinée à « restaurer l’équilibre écologique » de l’île. Introduits au début du XXe siècle pour la chasse, les cervidés sont aujourd’hui considérés comme une espèce non indigène susceptible d’endommager la végétation locale et de favoriser la propagation de plantes invasives. Mais pour de nombreux habitants, élus et défenseurs des animaux, la méthode choisie relève davantage d’une démonstration de force que d’une véritable politique de conservation.
Car derrière les arguments environnementaux avancés, une question dérange : fallait-il vraiment condamner toute une population animale à disparaître ?
Le plan prévoit des tirs ciblés autour des points d’eau et des zones d’alimentation, réalisés par une société spécialisée déjà connue pour ses opérations létales à grande échelle. Les carcasses pourraient être laissées sur place pour se décomposer ou utilisées dans certains programmes de nourrissage d’autres espèces. Une perspective jugée choquante par les opposants, qui dénoncent une approche froide et expéditive.
D’autant que plusieurs experts et associations rappellent que d’autres solutions existent. La stérilisation contrôlée, par exemple, permet de limiter progressivement la reproduction sans provoquer d’abattage massif. Cette méthode offre une alternative plus éthique tout en répondant aux enjeux écologiques. La relocalisation partielle, la restauration des habitats naturels ou encore une gestion scientifique plus fine des effectifs figurent également parmi les pistes régulièrement évoquées. Autant d’options qui, selon les critiques du projet, n’auraient pas été sérieusement étudiées avant d’opter pour la solution la plus radicale.
Autre point de controverse : les estimations du nombre de cerfs reposeraient sur des méthodes de comptage jugées dépassées par certains observateurs. Alors que les technologies modernes permettent aujourd’hui des recensements précis et non invasifs grâce à l’imagerie thermique ou aux drones, les données utilisées pour justifier cette opération seraient contestées.
Sur place, la mobilisation s’organise. Habitants de l’île, défenseurs de la faune sauvage et élus locaux dénoncent une décision irréversible qui priverait Santa Catalina d’animaux devenus familiers du paysage et appréciés des visiteurs. Certains rappellent également que les cerfs constituent une population saine, épargnée par certaines maladies qui frappent déjà les troupeaux du continent.
Ce projet intervient après une autre polémique récente : l’abattage de bisons introduits sur l’île un siècle plus tôt. Pour les opposants, Santa Catalina serait en train de devenir le symbole d’une gestion de la nature où l’élimination systématique des animaux prend le pas sur la coexistence.
Car au fond, le débat dépasse largement le cas de ces cerfs. Peut-on encore parler de protection de la biodiversité lorsque la solution privilégiée consiste à organiser la disparition totale d’une espèce sur un territoire ? À l’heure où les outils scientifiques permettent d’imaginer des régulations plus respectueuses du vivant, beaucoup estiment que la réponse aurait pu et dû être différente.
