Saint-Malo, Fouesnant, Combrit, Concarneau, Bigouden, Bénodet, Audierne, Penmarc'h, Ploemeur, Étel, Damgan, Treffiagat, Larmor-Plage…
Sur de nombreuses plages bretonnes et jusqu'au Pays basque le même scénario inquiétant se répète depuis plusieurs jours : des macareux moines gisent sur le sable. Parfois seuls. Parfois par dizaines.
Dans le Finistère et le Morbihan, les signalements se multiplient. Des promeneurs découvrent ces petits oiseaux marins au bec coloré, emblématiques des côtes bretonnes, étendus sur le rivage, amaigris, trempés, sans vie. D'autres sont encore vivants, mais à bout de forces.
Les centres de soins et les réseaux de bénévoles parlent d'une vague d'échouages inhabituelle. Depuis la mi-janvier, plusieurs centaines d'oiseaux marins ont été recensés sur la façade Atlantique, avec une forte concentration entre le Finistère et la Charente-Maritime. Les macareux moines figurent parmi les espèces les plus touchées.
Si une marée noire a déjà récemment souillé d'autres oiseaux marins, notamment des guillemots et des pingouins torda, les macareux retrouvés ces derniers jours ne présentent, pour la plupart, pas de traces d'hydrocarbures. Les premières observations pointent ailleurs.
L'hypothèse principale évoquée par les spécialistes concerne l'enchaînement de tempêtes et de perturbations météo particulièrement violentes depuis plusieurs semaines. Vent, pluies continues, houle puissante… En pleine période de déplacement en mer, ces conditions extrêmes compliquent l'accès à la nourriture. Les macareux, qui hivernent au large et remontent progressivement vers leurs colonies, doivent dépenser une énergie considérable pour lutter contre les éléments.
Résultat : certains arrivent sur nos côtes dans un état de maigreur avancée, en hypothermie sévère. Un macareux adulte pèse habituellement un peu plus de 300 grammes. Ceux pris en charge ces derniers jours affichent parfois un poids dramatiquement bas. Épuisés, incapables de se réchauffer ou de s'alimenter, ils se laissent dériver avant d'être rejetés par les vagues.
Ce que nous voyons sur le sable n'est probablement qu'une fraction de la réalité. Les spécialistes rappellent qu'un oiseau retrouvé correspond souvent à plusieurs autres morts en mer sans jamais être observés.
Des analyses et autopsies sont en cours pour confirmer les causes exactes de cette hécatombe. Sous-nutrition, épuisement, conditions climatiques extrêmes… Le dérèglement climatique, qui intensifie et multiplie les tempêtes hivernales, pourrait jouer un rôle déterminant dans ces épisodes de mortalité massive.
Face à cela, les centres de soins bretons à Kernascléden, Languidic ou encore sur l'Île-Grande tentent de sauver les rares survivants. Mais les chances restent faibles lorsque l'état général est trop dégradé.
Si vous découvrez un macareux vivant sur une plage, il est essentiel de ne pas le manipuler sauf si son état le nécessite, mais avec précaution (et pas à mains nues !). Placez-le délicatement dans un carton, au calme, avec un tissu au fond pour le maintenir au chaud, et contactez immédiatement un centre de soins ou SOS Faune Sauvage Bretagne. Évitez de le manipuler inutilement car dans cet état critique, le stress peut lui être fatal.
Si l'oiseau est mort, il ne faut pas le toucher. Prévenez la mairie ou l'Office français de la biodiversité afin que le signalement soit pris en compte.
Le macareux moine est un des célèbres oiseaux marins de Bretagne. Le voir ainsi échoué par centaines est difficile. La mer se déchaîne. Et les plus fragiles en paient le prix.
