Pourquoi les cachalots dorment-ils debout dans l'océan ?
Dans le monde marin, le sommeil prend des formes étonnantes. Parmi les spectacles les plus surprenants se trouvent les cachalots (Physeter macrocephalus) qui, lorsqu'ils s'accordent de courtes siestes, adoptent une position verticale dans l'eau, la tête dirigée vers le haut. Une posture qui intrigue les scientifiques.
Ce n'est pas une légende, des biologistes ont observé des cachalots immobiles, flottant verticalement sous la surface dans un état qui ressemble à un sommeil profond. Cette observation a été rapportée pour la première fois de manière scientifique il y a quelques années grâce à des balises fixées sur les animaux qui ont montré des périodes d'inactivité sous cette forme.
Pendant ces phases, qui représentent environ 7 % de leur journée, les cachalots restent immobiles pendant 10 à 15 minutes environ avant de reprendre leurs activités.
Quelle est la fonction de cette posture verticale ?
Plusieurs hypothèses complémentaires ont été avancées pour expliquer ce comportement :
1. Respiration facilitée
Comme tous les cétacés, les cachalots ne respirent pas par réflexe automatique, ils doivent consciemment remonter à la surface pour respirer. En restant verticalement orientés les évents (orifices respiratoires) vers la surface, ils limitent l'effort nécessaire pour respirer après une sieste, ce qui économise de l'énergie.
2. Economie d'énergie
L'orientation verticale permet aux grands corps massifs des cachalots de flotter sans avoir à nager activement. Les cachalots utilisent leur énorme tête remplie de spermaceti, une substance riche qui aide à la flottabilité pour se maintenir naturellement dans cette posture presque sans effort. Cette économie d'effort est précieuse pour des animaux qui explorent des profondeurs immenses pour chasser.
3. Vigilance et sécurité
Ces mammifères marins sont souvent observés en groupes synchronisés pendant leurs « siestes ». Rester proche les uns des autres augmente la sécurité. Si un danger approche, un individu encore vigilant peut alerter le reste du groupe. Cette cohésion sociale est importante, surtout dans des zones où des prédateurs tels que les orques peuvent être présents.
Comme chez d'autres cétacés, le cachalot utilise probablement le sommeil unihémisphérique, une moitié du cerveau se repose tandis que l'autre reste active. Cette technique permet à l'animal de réguler sa respiration, de rester partiellement vigilant et de maintenir des contacts sociaux même en phase de repos.
4. Adaptation biologique
Chez les baleines, comme chez certains dauphins, il existe une forme de sommeil unihémisphérique, où une moitié du cerveau se repose pendant que l'autre reste active pour superviser la respiration et surveiller l'environnement. Si ce phénomène est bien documenté chez d'autres cétacés, il pourrait aussi jouer un rôle chez les cachalots, même si certaines observations suggèrent qu'ils peuvent entrer dans des phases de sommeil plus profondes pendant ces siestes verticales.
Et les courants marins ?
À ce jour, les études scientifiques ne montrent pas que les courants marins seraient la raison principale de cette posture de repos. Les observations indiquent plutôt que le verticalisme est lié à la respiration, à l'économie d'énergie et aux exigences physiologiques de ces géants des mers plutôt qu'aux mouvements de l'eau.
Même si la science a documenté ce comportement, les raisons exactes ne sont pas complètement élucidées. On ne comprend pas encore entièrement pourquoi tous les individus ne dorment pas toujours ainsi, comment cette stratégie s'est développée dans l'évolution des cachalots et si des variations géographiques existent selon les populations.
Les études disponibles suggèrent des fonctions multiples respiration, économie d'énergie, protection mais chaque explication reste pour l'instant une hypothèse étayée plutôt qu'une certitude absolue.
En résumé : Les cachalots dorment effectivement dans une posture verticale près de la surface, mais ces phases de repos sont courtes et rares. Cette stratégie semble être un compromis entre la nécessité d'économiser de l'énergie, de respirer régulièrement, de rester vigilant et de maintenir des interactions sociales un ensemble d'adaptations fascinantes.
Et promis tout ceci n'est pas une histoire à dormir debout !
