Pétition : Lettre au Ministre de la Culture
Arts & Culture
Lettre au Ministre de la Culture( Nombre de signatures : 81 )
Signer cette pétition
Réagir à cette pétition
Voir la liste des signataires
Date de création : 23/02/2008
Date de cloture : 23/02/2009
Auteur : DUFOUR Damien.
ellan64@hotmail.fr
Artiste indépendant / Membre du staff de la webradio rock LA GROSSE RADIO.
A l'attention de : Ministre de la Culture
Madame la Ministre de la culture,
Je me permets de vous faire parvenir ce courrier afin de soulever certaines questions concernant la vision de l’Art, de la Culture, et plus précisément, de la Musique en France de nos jours.
Je devine votre emploi du temps chargé, j’irai donc à l’essentiel.
Avec une certaine prise de recul vis-à-vis de tout ce qui nous est proposé aujourd’hui par les médias de masse, comme la télévision ou les grandes stations de radio (comme NRJ, Virgin Radio, RTL, etc…), on ne peut que s’étonner en premier lieu, et s’indigner par la suite du comportement de ces diffuseurs à grandes échelles : la musique qui nous y est proposée est lamentablement pauvre, dénuée de toute créativité, mais surtout, définie et restreinte à un format unilatéral. Je ne suis pas sans me douter que ces médias obéissent à des directives décidées plus haut.
De ce fait, la majorité des gens qui découvrent et écoutent de la musique via les moyens les plus répandus (Télévision + Radio) sont victimes de ce format, et donc, de cette uniformisation des musiques actuelles. A l’heure où la scène alternative française, dans n’importe quel style musical, n’a jamais été aussi riche, créative et prolifique qu’aujourd’hui, elle subit des restrictions énormes décidées par des personnes qui ne connaissent rien aux valeurs de la Musique.
Est-il normal que seulement quelques styles musicaux, appauvris par une véritable censure de la création musicale selon le saint dogme de l’enrichissement de l’industrie du disque, qui se doit de sortir des albums potentiellement vendables à des dizaines de milliers d’exemplaires pour s’engraisser sur le dos des artistes, soient représentés à grande échelle ?
Non, Madame le Ministre de la Culture : les NAAST ne sont pas l’avenir du rock, mais plutôt, sa plus grande caricature. Non, Madame le Ministre de la Culture : David Guetta n’est pas le plus brillant représentant de la musique électronique française, mais plutôt un ignoble clown à la solde du bénéfice financier. Non, Madame le Ministre de la Culture, M. Pokora n’est pas le nouvel icône du courant hip-hop, mais plutôt un pantin qui ne sait pas qu’il en est un justement. Et des exemples comme ceux-là, je pourrais vous en donner pour toutes les grandes familles musicales (mais, je suis sûr que vous aurez saisi où je veux en venir avec les trois exemples cités plus haut).
Considérant ce qui a été écrit précédemment, je me demande pourquoi les personnes citées sont pourtant propulsées sur le devant de la scène médiatique, volant ainsi la place de tant d’autres qui eux, ont un véritable talent.
Vous, vos prédécesseurs, et tous ceux qui suivent les directives imposées, nous ont fait subir des projets comme la Star Academy, Popstars, ou encore la Nouvelle Star. Ces programmes sont abrutissants, dans le sens où ils vulgarisent la musique en la mettant à un rang qu’elle ne mérite pas. Certes, je peux entrevoir que certains candidats ont une esquisse de talent artistique, mais d’une, la plupart d’entre eux sera condamnée à rester dans ce format qui les a vu naître aux yeux du monde, et de deux, ce ne sont pas de merveilleux chanteurs de karaoké amélioré qui feront avancer la musique. Je dis « avancer » dans le sens où la musique n’a cessé d’évoluer depuis sa naissance, et encore plus ces 70 dernières années, avec l’avènement et la création d’une multitude de genres musicaux. Il est quand même remarquable de se dire qu’en 2008, la musique n’a jamais été aussi variée dans ses styles depuis le commencement de l’histoire de l’humanité, que les moyens de communication n’ont jamais été aussi divers et performants, et que malgré tout, on nous donne en pâture culturelle des miettes de décrépitude. Si aujourd’hui, en France, naissait un groupe de la trempe de PINK FLOYD, JIMMY HENDRIX ou encore THE DOORS (en remettant bien sûr les choses dans leur contexte), ce groupe sombrerait dans les oubliettes rapidement, puisque n’ayant pas le moyen de toucher le plus grand nombre, ni de montrer son talent et sa créativité au monde entier.
Les français amateurs de rock suivent de près des groupes comme MUSE, RADIOHEAD, INTERPOL, et tant d’autres groupes à la classe internationale justifiée. Et Ils ont raison. Mais tous ces groupes viennent de pays qui subissent un formatage moindre que la France. Et je vous prie de croire que bon nombre de groupes français, qui se débattent dans l’ombre à l’heure actuelle, peuvent prétendre à un rang similaire, vu leurs qualités indéniables. Mais, les moyens d’y arriver leur sont difficiles à obtenir, voir interdits. Pourtant, il existe certains exemples de la véritable valeur des artistes français, comme le duo versaillais AIR, ambassadeurs à l’étranger d’une culture française qui n’a rien à envier aux autres. Mais, ils ne sont qu’une minuscule goutte d’eau dans l’immensité du vide laissé par votre politique culturelle. J’ai même assisté au déclin artistique de certains groupes indépendants qui, pour gagner un minimum de reconnaissance, se sont musicalement travestis afin de correspondre au diktat façonné par votre format médiatique. Pour autant, je ne fais pas partie de ceux qui militent pour un milieu musical soi-disant « underground » : je trouve cela ridicule. Les musiciens font de la musique pour apporter du rêve aux autres, mais aussi, dans un certain idéal, pour en vivre.
Vous criez au scandale du piratage artistique quand les gens téléchargement illégalement des albums… dans la forme, je ne peux qu’adhérer à votre démarche, mais dans le fond, je la rejette, car ces initiatives anti-piratage n’ont été mises en place que pour tenter de sauver une industrie du disque en crise, au bord du gouffre, que vous portez à bouts de bras, et dont les méfaits sur la Musique, la véritable musique, sont au-delà de ce que vous pouvez soupçonner aujourd’hui, à l’instant même où vous lisez cette lettre. Cette industrie du disque fait face à de nombreux problèmes, et je ne peux que m’en réjouir. Les grandes sociétés de production ont imposé un status quo léthargique à la musique française, en usant de plusieurs prétextes, dont un qui me fait tout simplement horreur : l’exception culturelle française. Cette exception culturelle est-elle donc une excuse valable pour nous gaver de platitude créative comme on gave des canards avant de les tuer? Il est grand temps que cela change : dans l’histoire de l’humanité, de la chute des grandes sociétés a toujours découlé une période de changement, d’évolution, un total refus de la passivité engendrée par ces sociétés disparues. Je ne dis pas que la stabilité d’un système est quelque chose à combattre, certes non. Mais, la nuance entre stabilité et immobilisme est gigantesque lorsqu’elle est appliquée au domaine artistique. Et aujourd’hui, nous sommes en train d’étouffer. Il est temps que cela change. Les majors sont l’image d’un système désormais obsolète. Vous menez un combat perdu d’avance, et qui surtout, ne sert à rien, puisqu’enlaidit le visage pourtant si fin de la musique française.
Ne vous méprenez pas sur mes intentions : je ne me bats pas contre vous. Je me bats pour la richesse d’une scène artistique nationale trop méconnue, cachée et censurée. Je me bats pour que cette scène ait un jour les moyens de s’exprimer librement. Et je vous prie de croire que je suis loin d’être seul dans cette lutte, et qu’il y a une multitude de personnes qui désirent faire évoluer la politique culturelle de notre pays, et qui se battent contre vents et marées.
Que serait notre monde sans l’Art ? Sans les artistes ? Y avez-vous déjà pensé ? Vous en conviendrez que les réponses à ces questions ne sauraient être positives.
Alors, pourquoi, dans l’industrie du disque telle qu’elle est aujourd’hui, l’artiste est rémunéré misérablement sur une vente d’album. Rendez-vous compte : en moyenne, l’artiste touche un euro par album vendu, et tout le reste part dans les caisses des intermédiaires. Il ne faut pas se leurrer : produire un album coûte de l’argent. J’entends donc que les organismes qui ont financé la production d’un disque rentrent dans leur frais, et fasse un minimum de bénéfices. Mais, à l’heure actuelle, il n’y a que l’appât du gain qui motive ces personnes qui ont oublié que leur rôle principal est de promouvoir l’Art et la Culture, et non pas faire du profit à outrance dessus. En agissant de la sorte, ces personnes, et vous, par la même occasion, puisque c’est une partie de votre politique culturelle qui leur permet tous ces écarts, vous avilissez l’Art en le réduisant à une forme de revenus comme une autre. Et ceci est inconcevable pour un véritable artiste. Vous avez oublié la définition première du mot Art. Sans les artistes, les producteurs, maisons de disque, labels et tout autre organisme de production ne seraient rien. Ils n’existeraient même pas. Et il vous faut garder cela à l’esprit.
Comment faire pour réussir à accoler ces deux mots, « industrie » et « musicale » en une seule expression, sans avoir de haut-le-cœur ? Comment peut-on parler d’industrie de la musique ? C’est pourtant un terme qui est passé dans les mœurs, et que beaucoup emploient chaque jour pour qualifier le commerce juteux du disque (juteux, pour une « élite » seulement). C’est un terme écœurant, de par l’aspect si matérialiste et mercantile qu’il induit. Et c’est surtout le parfait reflet de la vision que vous avez des artistes : cette expression est lourde de sens et de vérités.
Je sais qu’à l’heure où je vous écris, ces mêmes artistes peuvent difficilement se passer de toute cette armada d’organismes qui assurent une promotion fiable de leurs œuvres. Mais, cela n’est pas éternel, et les choses sont déjà en train de changer. Ces entreprises représentent une culture aussi vide qu’une coquille. Tout ce que vous avez à donner au peuple français est une culture de masse. Vous avez réussi l’exploit de tout uniformiser. Allumez ce soir, en rentrant chez vous, la radio, et mettez-vous sur les ondes d’une station comme RTL, Virgin radio ou NRJ : leur programmation est navrante. Il en est de même pour la télévision. Tous ces produits commerciaux et bankables que vous nous donnez en pâture, et qui ont la prétention de se croire artistes, sont destinés à disparaître eux aussi. Nous sommes à l’aube d’un tournant culturel en France : l’industrie du disque va être submergée par une scène qu’elle a trop longtemps ignorée, voire même dédaignée. Je souhaite la disparition pure et simple de cette industrie : ainsi, nous pourrons tenter de repartir sur des bases plus saines.
De plus en plus de personnes, en France, vont chercher, et trouvent la vraie culture, celle qui est variée et multiple, sur internet. Plus d’intermédiaires aux prix faramineux à payer. Plus de formatage. Plus de présélection draconienne selon le saint dogme du bénéfice financier. Il est clair que cette vaste plate-forme d’échanges culturels est encore un peu désordonnée aujourd’hui, et que sa richesse peut encore effrayer les plus timorés. Mais, c’est une chose qui va se corriger d’elle-même. Internet nous offre à nous, artistes, l’opportunité de diffuser nos œuvres au plus grand nombre, sans trop de restrictions.
Saviez-vous qu’un temps, certaines des grosses maisons de disque implantées sur notre territoire, faisaient payer plus cher pour un MP3 encodé en 192 kbps, par rapport au taux normal de compression de leur catalogue, qui était fixé à 128 kbps ? Avez-vous déjà écouté un MP3 encodé à 128 kbps ? C’est impensable de vendre un tel fichier audio : la qualité sonore y est médiocre (192kbps étant le minimum vital pour commencer à avoir un son propre). Ces sociétés n’avaient donc aucun complexe de vendre à prix d’or un produit bancal. Et ce genre de philosophie me fait horreur. Se moquer des gens, et tenter qui plus est de leur faire croire qu’on leur accorde encore le privilège de leur donner accès à une culture saine.
Je vous prie de croire que des exemples de crimes culturels de ce genre fallacieux, j’en ai encore des centaines à vous citer. Mais là n’est pas le but, car je sais que vous lez connaissez aussi bien que moi.
J’arrive au terme de ma lettre. Des choses à écrire, il y en a encore beaucoup. Mais, il faut savoir s’arrêter pour concentrer ses efforts sur le plus important.
J’ai 27 ans. J’ai un travail, au sein de la fonction publique. Un travail alimentaire pour financer la passion de ma vie qui est la musique. Je sais qu’on ne peut pas tous réussir. Mais, je sais que l’on est beaucoup en France dans mon cas : à vivre de peu pour une passion qui demande beaucoup. La richesse culturelle de la France n’est pas dans des produits entièrement façonnés comme ceux que vous vous évertuez à pousser sur le devant de la scène. Cette richesse-là est en nous, artistes indépendants.
A vous de nous donner les moyens de la mettre en avant, au lieu de nous ignorer.
Merci d’avoir lu cette lettre jusqu’à la fin.
Veuillez agréer, Madame le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées
Pour faire un lien vers cette pétition,
cliquez-ici
Signer la pétition
Dans un souci de confidentialité, seuls les champs marqués en
vert apparaissent sur le site.
Seul le créateur de la pétition a accès à l'intégralité de vos informations.
Les champs marqués en
gras avec 2 étoiles ** sont obligatoires.